Photographie

Pour une meilleure compréhension de ce qu’est la photographie au XIXe siècle et des différentes techniques évoquées à la suite, nous vous invitons à consulter notre article sur l’histoire de la photographie au XIXe siècle, disponible ici.

Bien que l’œuvre d’Alphonse de Brébisson dans le domaine de la photographie reste peu connue, elle n’en est pas moins importante. On ne peut pas évoquer l’activité botanique de A. de Brébisson sans son approche de la photographie. Ses recherches, notamment en microphotographie lui sont précieuses dans son travail de botaniste. Dès 1839, il se passionne pour cet art et devient rapidement à la fois photographe professionnel, mais aussi l’un des pionniers en Normandie et plus largement en France. Ses apports dans le domaine sont nombreux et significatifs. Grâce à de solides connaissances scientifiques, il construit et améliore lui-même ses appareils de photographie et met au point de nouvelles techniques de photographie. Comme en témoigne Jules Morière (1817-1888) dans la notice qu’il lui consacre en 1874 :

  • « Lorsque en 1839, Nicéphore Niépce et Daguerre firent connaître au public les procédés qui permettent de fixer les images […] Alphonse de Brébisson fut un des premiers en France qui se sentit entraîné par cet art tout nouveau, dont alors on était loin de prévoir les futurs résultats. [...] [il] construisit d’abord lui-même les appareils dont l’industrie ne s’était pas encore occupée ; il se procurait des lentilles chez divers fabricants ; il combinait lui-même des verres de différentes courbures, et souvent après bien des essais infructueux, il parvenait à obtenir des résultats inespérés. L’esprit observateur, l’intelligence et la persévérance d’Alphonse de Brébisson devaient apporter leur contingent dans le progrès du Daguerréotype. » (p.17)

Nous avons numérisé la notice de Jules Morière (1817-1888) qui est dispolible ci-dessous.

La pratique du daguerréotype

A. de Brébisson utilise le daguerréotype dès ses débuts en 1839 et n’a de cesse de l’améliorer. En 1840, il parvient à diminuer le temps de séchage de façon significative qui passe de plusieurs heures à vingt minutes. Il y parvient par l’invention d’une fourchette révolutionnaire. L’outil appelé « fourchette de Brébisson », du nom de son inventeur, permet de tenir la plaque au-dessus d’une lampe à alcool afin de sécher l’épreuve après un lavage final. Il réduit, également, le temps de pose qui passe à douze secondes à l’ombre et à une minute au soleil. Enfin il modifie le matériel de daguerréotypie pour le rendre plus transportable et manipulable. Il présente ses améliorations en 1841 avec la publication de De quelques modifications apportées aux procédés du daguerréotype. Ce volume a été numérisé par Gallica et vous pouvez le retrouver ici. Il continuera de publier sur le sujet jusqu’en 1863.

La pratique du calotype

À partir de 1848 il s’intéresse à la photographie papier, notamment au calotype, et publie Glanes photographiques. Notes complémentaires concernant la photographie sur papier. Il invente un nouveau modèle de cadre destiné à accueillir les épreuves positives. Un système de volets fermés par des ressorts permet de contrôler l’apparition de l’épreuve positive sans risquer de déplacer le négatif. C’est ce que l’on appelle le châssis-presse. Pour cette invention, il reçoit en 1848 une médaille de 500 francs de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.

La plaque de verre

En 1848, l’Académie des sciences relaie les recherches d’Abel Niépce (1805-1870) sur la plaque d’Albumine. Pour plus de netteté lors de la prise photographique, il préconise l’utilisation de plaque de verre comme support aux produits photosensibles. A. de Brébisson reprend le procédé en construisant une machine permettant la photographie au microscope. C’est une découverte majeure pour ses recherches, car elle lui ouvre de nouvelles possibilités. Il est parmi les premiers à utiliser la photographie pour un usage microscopique dans le domaine des sciences. Il prend de nombreuses vues microscopiques des microalgues. La photographie révolutionne la recherche en matière de botanique en permettant des clichés beaucoup plus précis et rapides des spécimens ; là où le dessin demande du temps.

À partir de 1855, il prépare ses plaques avec la méthode du collodion humide. Cette technique d’une grande sensibilité permet des épreuves instantanées, cependant la sensibilité de la plaque est particulièrement éphémère, il faut donc travailler vite. Bien qu’A. de Brébisson produise de nombreux clichés de microalgues, aujourd’hui nous n’en conservons plus qu’une petite partie. Ils sont conservés aux Archives photographiques nationales.

En 1862, A. de Brébisson commence à utiliser le collodion sec instantané qui devient très vite son procédé de prédilection. Il permet de garder la sensibilité du collodion grâce à un sirop de sucre et de gomme arabique. Certains tirages obtenus par cette méthode sont dévoilés à l’exposition universelle de Londres et à Amsterdam.

La stéréoscopie

En 1863, il utilise également la stéréoscopie qui donne du relief aux photographies avec des lunettes spéciales - l’ancêtre de notre 3D actuelle ! Il l’utilise pour ses prises de vues du Sud de la France dont les clichés sont présentés lors de l’exposition universelle de Londres.

Selon Louis-Luc Godey (1813-1873), son collègue botaniste, la production photographique d’A. de Brébisson dépasse en qualité celle de ses homologues parisiens. On y trouve beaucoup de paysages, des reproductions de statuettes, de plantes, des vues urbaines, des scènes de groupe et des portraits. Très accessible, beaucoup d’inconnus s’arrêtent chez lui pour se faire « tirer le portrait ».

 

La Société d’encouragement pour l’industrie nationale

C'est une association fondée en 1801. Elle a pour but de favoriser l’engagement de la France dans la Révolution industrielle, en relevant le défi britannique, et de favoriser toutes les formes de création au service de l’intérêt national. Cette société qui a aujourd’hui plus de 210 années d’existence poursuit son activité au service de l’industrie et de l’innovation technologique.

 

Académie des sciences

Créé en 1666 elle est d’abord nommée Académie royale des sciences. C’est l’une des cinq académies regroupées au sein de l’Institut de France. Elle encourage et protège l’esprit de recherche, et contribue aux progrès des sciences et de leurs applications. Pour plus d’informations, consultez le site internet de l’Académie : http://www.academie-sciences.fr/fr/.

 

Plaque d’Albumine

Premier procédé de photographie sur verre. La plaque est d’abord traitée avec un mélange de blanc d’œuf, d’iodure de potassium, et de chlorure de sodium. Après séchage la plaque est plongée dans une solution de nitrate d’argent acidifiée. Le développement du négatif se fait avec une solution d’acide gallique. On obtient ainsi un négatif d’une excellente définition si on le compare avec ceux obtenus par le calotype. Le problème que présente le procédé est qu’il faut une longue exposition à la lumière pour obtenir un tirage positif.

 

Le collodion humide

Procédé photographique attribué à Frederick Scott Archer (1813-1857) en 1851. Les clichés obtenus grâce à cette technique sont d’une grande finesse et permettent d’observer une gamme de gris très étendue. Cependant le procédé pose problème car le négatif obtenu devait être préparé, exposé et développé dans un temps très court – 15 à 30 minutes – car une fois sec la plaque devient insensible. Le collodion humide est composé d’une solution de nitrocellulose plongée dans de l’éther alcoolisé, qui se change en une fine pellicule par évaporation. Une fois la plaque sèche, on la plonge dans un bain de nitrate d’argent pour la sensibiliser. On égoutte la plaque et on la transfert dans un châssis étanche à la lumière. On peut alors procéder à la prise de vue. La plaque est immédiatement développée en chambre éclairée en lumière rouge clair avec de l’acide gallique ou du sulfate de fer puis fixée au thiosulfate de sodium ou de cyanure de potassium.